L’humusation, une alternative écologique à l’enterrement et à la crémation
Photo de DEAD GOOD LEGACIES
La question écologique est au coeur de l’actualité. Dans son 6e rapport, le GIEC, groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat a conclue que « Les hausses observées de la concentration de gaz à effets de serre (GES) depuis 1750 environ sont causées par l’activité humaine, sans équivoque ». En effet, le niveau de CO2 dans l’atmosphère est le plus haut depuis 2 millions d’années, avec 419ppm (partie par million) en 2022. Au total, le CO2 représente 65% des émissions totales de GES sur l’ensemble de la planète.
Experts, professionnels, particuliers, chacun cherche des solutions pour ralentir le réchauffement climatique, et réduire ses émissions de carbone. Dans notre article sur la crémation et l’écologie, nous dressions un bilan carbone appliqué aux funérailles et à la crémation. Lors d’une crémation, ce sont 160kg de CO2 qui sont rejetés dans l’atmosphère. Quant à l’inhumation, elle rejette 39 kg de CO2 dans l’atmosphère. Mais les cimetières ont un impact plus lourd sur l’environnement. En effet, les stèles, l’utilisation de pesticides et d’eau pour l’entretien du terrain sont plus polluants à terme. En prenant tous ces paramètres en compte, les inhumations sont responsables de 10 % d’émissions en plus, à long terme.
La France a commencé à prendre des mesures pour essayer de rendre plus écologique la crémation en obligeant les crématoriums à s’équiper de filtres afin de limiter l’émission des gaz toxiques. Des entreprises du secteur funéraire se penchent aussi sur des solutions plus écologiques. Par exemple en utilisant des cercueils en cartons, ou des urnes biodégradables …
L’humusation, ou la réduction du corps en compost, est une des alternatives qui est en train de faire parler d’elle tant elle présente de réponses aux problèmes de pollution. Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en humus sain et fertile. (D’après le site belge humusation.org)
Comment se déroule une humusation, aussi appelée terramation ?
Dans un premier temps, le défunt serait libéré de tous ses bijoux, et objets non dégradables. Il serait ensuite enveloppé dans un linceul en tissu biodégradable et déposé sur un lit de plus ou moins 20 cm d’épaisseur constitué de broyats et de copeaux de bois, dans un cimetière écologique ou “jardin de la métamorphose”. Il serait ensuite recouvert d’une épaisse couche de ce mélange, fortement imprégné d’eau de pluie contenant un accélérateur de décomposition.
Ce procédé permettrait de tuer les germes pathogènes, de décomposer les molécules chimiques accumulées dans notre corps, tout en éloignant les charognards. Au bout de trois mois, les chairs et autres matières molles du corps auraient disparu. Un an plus tard la totalité du corps serait métamorphosée en humus, un compost très fertile d’environ 3m³.
Pour que le processus s’accomplisse jusqu’à la décomposition totale du corps il doit se faire par le biais d’un humusateur : une personne formée et qui connait les étapes de décompositions.
Illustration originale de Luc Schuiten.
L’humusation est-elle autorisée par la loi en France ?
En France, seule l’inhumation et la crémation sont légales. La loi française n’autorise donc pas encore l’humusation des corps après la mort. Bien sur, si ce procédé écologique venait à être accepté dans notre pays, il ne serait qu’une alternative de plus. Le choix du mode de sépulture restera à l’initiative du défunt ou de sa famille. Le procédé du compostage humain peut déranger certaines personnes.
Cependant, la légalisation du compostage humain serait une avancée tant écologique que sociologique dans notre pays. Après tout, il y a cinquante ans la crémation était inenvisageable. Symboliquement, rendre à la terre pour laisser une empreinte écologique positive est le souhait de beaucoup de personnes. Celles-ci déplorent que l’état français ne débloque aucune alternative écologique pour les funérailles.
Le 15 décembre 2022, Nathalie Goulet, Sénatrice de l’Orne depuis 2007, a déposé une demande de modification de la loi en faveur de l’humusation auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Ce à quoi le Sénat a répondu que cette évolution de la réglementation nécessite une réflexion approfondie portant sur les conséquences éthiques, sociétales et environnementales de tels choix.
Un pétition a été lancée en France, elle a récolté 25000 signatures.
Une question posée par M. TISSOT Jean-Claude (Sénateur de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes) a été publiée le 24/04/2025 à l’attention du ministre de l’intérieur
M. Jean-Claude Tissot attire l’attention de M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur sur l’humusation.
Les articles R. 2213-31 et R. 2213-34 du code général des collectivités territoriales prévoient seulement deux modes de sépulture en France : l’inhumation et la crémation. L’humusation est un processus plus écologique, qui consiste à déposer le corps humain dans un compost constitué de broyats de bois d’élagage, permettant ainsi la transformation des dépouilles en humus sain et fertile. Ce processus permet ainsi de réintégrer le corps humain dans le cycle du vivant. Actuellement interdite en France, l’humusation pourrait constituer une alternative respectueuse de l’environnement, contrairement aux modes d’inhumation traditionnels, en limitant l’émission des gaz à effet de serre et en préservant la qualité des sols. Elle pourrait également offrir une solution moins onéreuse et moins consommatrice d’espace. Un groupe de travail devait être constitué avant la fin du premier semestre 2024 pour étudier la possibilité de faire évoluer la réglementation au regard des spécificités de cette pratique. Aussi, il lui demande quel est l’état d’avancée de cette réflexion qui permettrait une autorisation encadrée de la pratique de l’humusation en France.
Quel est le prix d’une humusation ?
Le prix pour être enterré grâce au procédé d’humusation ne pourra être fixé qu’après communication de toutes les exigences légales des autorités. Pour l’instant, on peut juste avancer qu’il pourra être avantageux dans la mesure ou il ne nécessite moins d’achats. En effet, l’humusation se fait sans cercueil, mais sans frais de crémation, ni de travaux de cimetières ou de sépulture. Cependant, le compostage humain est un procédé long qui nécessite des experts sur place pendant un an. Il n’existe à ce jour aucun service similaire pour effectuer une comparaison.
L’entreprise Recompose, basée à Seattle, propose l’humation d’un corps pour 7000$. Ce prix comprend la transformation du corps en humus, la possibilité pour les proches de conserver ou de donner cet humus et un soutien tout au long du parcours. Il ne comprends donc pas de cérémonie, d’accompagnement aux démarches.
Quels pays autorisent l’humusation ou terramation ?
Depuis quelques années, en Belgique, un collectif de spécialistes bénévoles fait pression sur les politiques pour faire reconnaître l’humusation comme pratique légale. Il souhaite ainsi donner le choix aux familles de se métamorphoser et nourrir la terre. Ils ont déjà obtenu la modification d’un décret par l’ajout de trois points de suspension. “Seules sont autorisées les pratiques de l’inhumation, la crémation … ». Plus récemment, le 3 mai 2022, la commission de l’Environnement du Parlement de la Wallonie a demandé de fournir des preuves tangibles de l’intérêt écologique de leur projet. Un groupe d’experts a donc mené une expérience sur des porcs.
En 2023, l’étude scientifique a démontré l’inefficacité de l’humusation et à même révélé des risques potentiels de pollution des sols en nitrate et ammoniaque. Suite à quoi, le ministre bruxellois des Pouvoirs locaux, Bernard Clerfayt, a confirmé que l’humusation demeure interdite en Région bruxelloise. Il a souligné qu’une réflexion est en cours pour explorer d’autres méthodes d’éco-funérailles.
Ce sont les États-Unis qui sont pionniers dans le domaine. Actuellement, l’humusation, en anglais « human composting » est légale dans une douzaine d’États, dont Washington, l’Oregon, la Californie, le Vermont, le Nevada, le Colorado, New York, l’Arizona, le Delaware, le Maryland, le Minnesota et le Maine, Washington ayant été le premier à franchir le pas.
New York & la terramation : un retour à la terre écologique
Aux Etats-Unis cette nouvelle tendance funéraire attire beaucoup de monde. Les New-Yorkais soucieux de l’environnement pourront bientôt transformer leurs dépouilles en compost dans le cadre d’un nouveau programme proposant une nouvelle alternative aux funérailles. Il s’agit de la terramation, synonyme d’humusation, une méthode alternative et écologique d’enterrement qui accélère la conversion des restes en terre.
Comment fonctionne la terramation ?
Le processus consiste à placer les restes non embaumés avec des matériaux biodégradables, tels que des copeaux de bois, à l’intérieur d’une machine spéciale. Ce dispositif technologique ressemble à un cercueil, il contrôle l’humidité et la ventilation et bascule d’avant en arrière, pour accélérer la décomposition. Certaines matières organiques comme le trèfle, les copeaux de bois, la paille et la luzerne permettent aux microbes et aux bactéries de se nourrir et accélèrent ainsi la décomposition. Après 40 jours, le corps se transforme en une quantité de terre fertile, qui peut servir à faire pousser de la végétation.
C’est une entreprise Allemande, Meine Erde, qui a mis au point ce processus.
Crédit photo : Compte Instagram de Meine Erde
Quel serait le coût de la terramation ?
Meine Erde propose le service complet pour environ 5 000 $ à l’étranger, et des entreprises similaires aux États-Unis vont jusqu’à 7 000 $, ce qui est moins cher que le coût d’une concession funéraire standard de 21 000 $ au cimetière de Green-Wood à New York.
Le principal intérêt de ce processus réside dans l’aspect écologique. L’humus, très fertile, peut servir pour la plantation et l’alimentation de la faune pendant des années à venir.
« Il n’est pas trop tard pour agir. Mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial »
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